EDUCATION ET DÉVELOPPEMENT EN AFRIQUE CINQUANTE ANS DE RÉFLEXIONS ET D’ACTION

Depuis 1957, date de son premier écrit connu sur l’éducation : « Pour une éducation nouvelle en Afrique Noire », lucide face à la permanence des problèmes de l’éducation en Afrique, Joseph Ki-Zerbo affiche, cinquante ans durant, une constance dans les idées, les propositions et dans les engagements.

Périodiquement, il procède au diagnostic de l’école du sous-développement et constate que l’école, dans beaucoup de pays en voie de développement, est un reflet et un fruit du sous-développement ambiant, d’où sa carence, sa misère quantitative et qualitative. Mais, petit à petit –c’est là le risque vraiment grave- l’école dans ces pays en voie de développement, risque de devenir à son tour un facteur de sous-développement.

Les qualificatifs ne manquent pas pour caractériser cette école : école insulaire, école de déracinement, école impasse économique et poudrière sociale, école anti démocratique, etc.

Et ailleurs Joseph Ki-Zerbo nous entraine vers « Les enjeux de l’enseignement supérieur et de la recherche en Afrique ‘’pour nous faire constater que l’Université pour le moment, est le sphinx des pays africains. Elle est plantée, implantée dans nos pays comme une tour d’ivoire ou d’ébène, parfois énigmatique, masquée avec ses propres codes ; mais implosant ou explosant de temps à autre avec virulence comme un maillon faible, un fusible exprimant une tension ou une crise.

A l’observation, font suite les propositions qui concernent : l’utilisation des langues africaines dans l’éducation ; l’africanisation des programmes, bien obligée pour des matières comme la philosophie, la géographie, l’histoire, les sciences naturelles, le renforcement de l’enseignement des sciences, des mathématiques et de la technologie.

En proposant de changer l’aspect physique de l’école, de remanier les cycles d’enseignement, d’intégrer l’école au milieu, de créer une nouvelle mentalité chez les parents, de former des hommes et non des imitateurs, c’est du processus de réforme globale de l’éducation qu’il est question de la base jusqu’au sommet de l’enseignement supérieur et de la recherche. Joseph Ki-Zerbo en fut un acteur de premier plan dans son pays, au niveau interafricain et international, convaincu qu’il était que sans la dimension interafricaine beaucoup de réformes solitaires ont périclité ; sans compter que la dimension interafricaine est un impératif de la science.

S’adressant spécifiquement aux éducateurs, principaux agents d’un « New deal éducatif » et aux intellectuels en général, Joseph Ki-Zerbo rappelle qu’il n’appartient pas aux intellectuels de diriger la révolution, mais de précipiter la constitution du bloc historique (intellectuels-ouvriers-paysans) dans lequel ils joueront leur rôle spécifique irremplaçable.

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